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Newteam Medical

Pendant une chimiothérapie, beaucoup de patientes se demandent ce qu’elles ont encore le droit de manger. Sur internet, les listes d’« aliments interdits » se contredisent souvent. Or, il n’existe pas de liste unique valable pour toutes. Les vraies précautions portent sur trois points : certains aliments et produits qui peuvent interagir avec les traitements, le risque d’infection d’origine alimentaire, et l’adaptation des repas aux effets secondaires. Le reste du temps, l’objectif est surtout de bien manger pour préserver vos forces. Cet article fait le point à partir des recommandations de l’Institut national du cancer (INCa).

Temps de lecture : 8 minutes

Sommaire

  1. Existe-t-il vraiment des « aliments interdits » ?
  2. Les aliments et produits qui peuvent interagir avec les traitements
  3. Alcool et tabac
  4. Aliments à risque d’infection
  5. Adapter son assiette aux effets secondaires
  6. Ce qu’il faut privilégier : énergie et protéines
  7. Jeûne, régimes et compléments : prudence
  8. Quand prévenir votre équipe soignante
  9. FAQ
  10. Sources

Existe-t-il vraiment des « aliments interdits » ?

Non, pas au sens d’une liste identique pour toutes les patientes. Selon l’INCa, lorsque c’est adapté, les personnes traitées pour un cancer peuvent suivre les recommandations nutritionnelles de la population générale. Les besoins de l’organisme augmentent avec la maladie et les traitements, alors que l’appétit, lui, diminue souvent.

La priorité est donc d’éviter la dénutrition. Il s’agit d’un manque d’apports par rapport aux besoins du corps, qui entraîne notamment une perte de muscle. Supprimer des aliments « par précaution », sans raison médicale, peut aggraver ce risque.

Chaque protocole de chimiothérapie est différent. Les consignes qui vous concernent personnellement sont celles de votre oncologue, de votre pharmacien et, si vous en consultez un, de votre diététicien.

Les aliments et produits qui peuvent interagir avec les traitements

On parle d’interaction lorsqu’un aliment, une plante ou un complément modifie l’action d’un médicament : il peut en réduire l’efficacité ou en augmenter les effets indésirables.

L’INCa cite en particulier :

  • le pamplemousse, frais ou en jus ;
  • le soja ;
  • certains compléments alimentaires et produits à base de plantes, comme le millepertuis.

Ces produits peuvent perturber ou diminuer l’effet de certains médicaments anticancéreux, par exemple certaines thérapies ciblées. L’INCa déconseille donc de consommer des compléments sans indication médicale ni carence prescrite par un médecin.

Le réseau régional de cancérologie Onco AURA donne aussi des repères pratiques. Il recommande d’éviter le thé vert la veille, le jour et le lendemain de la chimiothérapie. Il conseille aussi de limiter le soja à un produit par jour, surtout en cas de cancer du sein hormonodépendant (un cancer dont la croissance est stimulée par les hormones).

Le bon réflexe : signalez à votre oncologue ou à votre pharmacien tout ce que vous prenez en dehors de vos traitements (plantes, tisanes « détox », huiles essentielles, vitamines, homéopathie…), même si cela vous paraît anodin.

Alcool et tabac

Pour l’INCa, arrêter l’alcool et le tabac fait partie du traitement du cancer, car cela réduit le risque de complications pendant et après les traitements. L’alcool et le tabac favorisent aussi les problèmes de bouche, comme les aphtes. Si vous souhaitez arrêter, votre médecin peut vous accompagner.

Aliments à risque d’infection

Certains traitements affaiblissent temporairement les défenses de l’organisme : on dit que la personne est immunodéprimée. Or la listériose, une infection transmise par certains aliments, peut être grave chez les personnes immunodéprimées, selon le ministère de la Santé.

Le ministère de la Santé et l’Institut Pasteur recommandent aux personnes à risque d’éviter notamment :

  • la charcuterie consommée telle quelle, cuite ou crue (jambon, pâté, rillettes, foie gras, produits en gelée) ;
  • les poissons fumés, le tarama et les coquillages crus ;
  • le lait cru et les fromages à pâte molle à croûte fleurie ou lavée ;
  • la viande crue ou peu cuite et les graines germées crues.

Les règles d’hygiène en cuisine comptent autant : se laver les mains, et nettoyer les ustensiles et les surfaces après avoir manipulé des aliments crus. Votre équipe soignante vous indiquera si des précautions renforcées s’appliquent à votre situation.

Adapter son assiette aux effets secondaires

La plupart des aliments « à éviter » le sont à cause d’un effet secondaire précis, et seulement tant qu’il dure.

En cas de nausées ou de vomissements

Des médicaments contre les nausées, appelés antiémétiques, sont souvent prescrits autour des séances. D’après l’INCa, les nausées apparaissent souvent le soir ou le lendemain de la perfusion et ne durent généralement pas plus de trois jours. Les vomissements, quand ils surviennent, ne durent en général pas plus de 48 heures. Quelques conseils :

  • préférez les plats froids ou tièdes, moins odorants que les plats chauds ;
  • évitez les aliments lourds : fritures, plats gras ou épicés ;
  • fractionnez : plusieurs petits repas plutôt que deux grands, pris lentement ;
  • buvez plutôt avant ou après les repas que pendant ;
  • après un vomissement, rincez-vous la bouche à l’eau froide et attendez une à deux heures avant de manger.

Si les nausées persistent malgré le traitement, signalez-le à votre médecin : il peut l’adapter.

En cas de diarrhée

L’INCa conseille une alimentation pauvre en fibres : riz, pâtes, pommes de terre vapeur, bananes bien mûres, compotes, fruits cuits (pomme, poire), légumes cuits et tendres (courgettes, courges, carottes, betteraves cuites), biscottes, pain blanc rassis, fromages à pâte cuite. Buvez au moins deux litres par jour (eau, thé, tisane, bouillon, eau de riz) pour éviter la déshydratation. Des solutions de réhydratation sont disponibles en pharmacie ; demandez conseil à votre pharmacien.

En cas d’aphtes ou de bouche douloureuse

La chimiothérapie peut provoquer une mucite, c’est-à-dire une inflammation de l’intérieur de la bouche (rougeurs, aphtes, douleurs). L’INCa recommande :

  • de privilégier les textures douces : aliments moelleux ou mixés ;
  • d’éviter les aliments qui favorisent les aphtes, comme les noix, le gruyère ou l’ananas ;
  • d’éviter les aliments épicés ou acides (citron, vinaigrette, moutarde), ainsi que les aliments secs, durs ou croquants ;
  • de boire au moins deux litres par jour ; sucer des glaçons, des glaces à l’eau ou des sorbets peut soulager ;
  • d’utiliser les bains de bouche prescrits par le médecin, et d’éviter ceux qui contiennent de l’alcool.

Si des douleurs ou des aphtes apparaissent, prévenez votre médecin pour qu’un traitement soit mis en place rapidement.

En cas de difficulté à mâcher ou à avaler

Faites au moins cinq petits repas par jour, y compris le soir. Prenez le temps de bien mâcher. Adaptez la texture : plats mous, voire liquides, bien nappés de sauce. Évitez les plats trop chauds ou trop acides et les aliments durs (croûte de pain, fruits durs). Enrichissez vos plats habituels pour augmenter les calories sans augmenter les portions.

Ce qu’il faut privilégier : énergie et protéines

Selon l’INCa, c’est la masse musculaire qui reflète le mieux votre état de santé, plus que le poids. Pour la préserver :

  • enrichissez vos plats avec des matières grasses crues (huile d’olive, beurre, crème, fromage frais) et, sauf contre-indication médicale, avec des aliments sucrés (confiture, compote…) ;
  • gardez des apports suffisants en protéines : poisson, œufs, fromages, laitages, et légumineuses associées à des céréales si vous les digérez bien ;
  • buvez au moins 1,5 litre par jour (eau, thé, bouillon, infusion, café léger), de préférence en dehors des repas ;
  • après le repas, restez en position semi-assise une trentaine de minutes plutôt que de vous allonger ;
  • bougez chaque jour selon vos capacités, par exemple 30 minutes de marche lente : cela aide la digestion et l’appétit.

Surveillez votre poids une fois par semaine, sur la même balance et au même moment de la journée. Selon l’INCa, on parle de dénutrition en cas de perte de plus de 5 % du poids habituel en un mois, ou de plus de 10 % en six mois. Une dénutrition est possible même en cas de surpoids. Si vous êtes en surpoids, l’INCa conseille d’attendre la fin des traitements pour chercher à perdre du poids.

Tout au long du parcours, vous pouvez bénéficier des conseils d’un diététicien ou d’un médecin nutritionniste. Si cette consultation ne vous est pas proposée, demandez-la à votre équipe soignante. Si vos apports restent insuffisants, votre médecin peut prescrire des compléments nutritionnels oraux : des produits enrichis, sous forme de boissons, de crèmes ou de potages. D’après l’INCa, ils sont intégralement remboursés par la Sécurité sociale pour traiter la dénutrition. Ils complètent les repas, mais ne les remplacent pas.

Jeûne, régimes et compléments : prudence

Le jeûne et les régimes restrictifs pendant les traitements exposent à une aggravation de la dénutrition et à une perte de muscle : l’INCa ne les conseille pas. Les approches non conventionnelles (naturopathie, plantes, vitamines…) peuvent parfois soulager, mais elles ne remplacent en aucun cas les traitements du cancer. Méfiez-vous de toute méthode présentée comme plus efficace que les traitements classiques, et parlez-en toujours d’abord à votre équipe médicale.

Quand prévenir votre équipe soignante

Contactez votre équipe sans attendre la prochaine consultation si :

  • vous n’arrivez plus à vous alimenter pendant plusieurs jours ;
  • la diarrhée persiste ou s’accompagne de fièvre ou de vomissements ;
  • vous perdez du poids de façon importante ou rapide ;
  • les nausées continuent malgré le traitement prescrit ;
  • des douleurs ou des aphtes apparaissent dans la bouche.

Vous venez d’apprendre votre diagnostic ? Notre article Diagnostic de cancer du sein : les premières étapes pour se préparer peut vous aider à organiser les semaines qui viennent.

FAQ

Le pamplemousse est-il interdit pendant une chimiothérapie ?

Il est déconseillé, frais comme en jus, car il peut interagir avec certains médicaments anticancéreux. Tous les traitements ne sont pas concernés : demandez à votre oncologue ou à votre pharmacien ce qu’il en est pour le vôtre.

Peut-on manger du soja après un cancer du sein ?

Le soja fait partie des aliments qui peuvent interagir avec certains traitements. Le réseau Onco AURA conseille de le limiter à un produit par jour, en particulier en cas de cancer du sein hormonodépendant. Votre oncologue pourra préciser la conduite à tenir selon votre cancer et votre traitement.

Faut-il arrêter les produits laitiers ?

Non. Les fromages et les laitages sont au contraire une source utile de protéines. Le réseau Onco AURA indique qu’aucune étude ne montre d’intérêt à les supprimer. En revanche, par précaution contre la listériose, évitez le lait cru et les fromages à pâte molle à croûte fleurie ou lavée.

Puis-je prendre des vitamines ou des compléments pour « booster » mon immunité ?

Pas sans avis médical. Certains compléments et plantes peuvent diminuer l’effet des traitements ou en augmenter les effets indésirables. Une supplémentation n’est utile qu’en cas de carence avérée, sur prescription. Ne confondez pas ces compléments avec les compléments nutritionnels oraux, qui sont prescrits par le médecin pour lutter contre la dénutrition.

Je suis en surpoids : dois-je en profiter pour maigrir ?

L’INCa conseille d’attendre la fin des traitements pour chercher à perdre du poids. Pendant les traitements, un régime restrictif augmente le risque de dénutrition et de perte musculaire, y compris chez les personnes en surpoids.

Puis-je boire du café ?

L’INCa cite le café léger parmi les boissons possibles pour atteindre au moins 1,5 litre par jour. En cas de diarrhée ou de troubles digestifs, demandez conseil à votre équipe soignante.

Sources

Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis de votre équipe soignante.